| Dossier Maurice Rollinat |
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MAURICE ROLLINAT AUX HYDROPATHES |
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Recherche documentaire
non exhaustive, réalisée par Régis Crosnier.
Version au 18 octobre 2026.
I – Maurice Rollinat dans le journal L’Hydropathe
Le n° 1 paraît le 22 janvier 1879. Le journal prend le nom Les Hydropathes à partir du n° 5 du 20 mars 1879.
– Les Hydropathes, n° 5 du 20 mars 1879.
Page 2, article « Charles Cros » d’Alphonse Allais :
(…)
« Dizains réalistes en collaboration de MM. Maurice Rollinat, Germain
Nouveau et autres poètes. »
(…)
Page 4 :
COMPTE-RENDU DES SÉANCES
SÉANCE DU MERCREDI 12 MARS
(…)
Rollinat étant absent, Georges Lorin est venu le rappeler à nos souvenirs
en chantant les Platanes.
(…)
– Les Hydropathes, n° 8 du 5 mai 1879
Page 2 :
L’HYDROPATHE ROLLINAT
Prenez un Berrichon de Georges Sand, moitié paysan, moitié monsieur, laissez-le vaguer toute son enfance à travers les brandes des environs de Châteauroux, dans ce pays embrumé où l’on rencontre encore des sorcières, et où près des mares, valsent en rond les feux follets, farfadets et farfadettes ; puis, plongez cet être mystique, mystifié par l’apparence des choses, dans le milieu parisien, brutale et intense, réel et passionné, où la danse nocturne de la flamme du gaz remplacera celle des feux follets : donnez à ce Berrichon l’existence maladive d’un dépaysé, avec toutes les violentes aventures, les déconvenues et les joies barbares que cachent les briques de nos cloisons. – Bref ! mettez ce Berrichon épris de sa brume natale, dans notre brume morale qui l’attire, tout à la fois et le repousse, – vous aurez Rollinat.
Il est fils d’un avocat ou avoué de Châteauroux, qui fut le conseiller et l’ami de Georges Sand : elle en parle dans ses Mémoires. Il a pris de la grande artiste l’amour de cet affreux pays, sans gaieté et sans soleil ; et avec sa note particulière il a encore foncé ce brouillard perpétuel ; et supprimant la gaieté naïve du romancier, il y a substitué un sentiment peut-être plus réel, de l’invincible tristesse de ces solitudes, – habitées, il et vrai ; mais si peu.
Rollinat s’est ainsi posé sur les yeux un binocle de brume, et il est venu à Paris, avec. Il a regardé tout à travers ce lorgnon-là. Et alors il a lu Baudelaire et Edgard Poë, et de ce mélange : Georges Sand, Baudelaire et Poë, est sortie une personnalité étrange, vigoureuse au possible, et qui fait tressauter jusqu’aux toits le bourgeois qui vend des parapluies ou des pruneaux au rez-de-chaussée.
Qu’y faire ?
S’il y a au monde une chose que nous aimions par-dessus tout, par-dessus le vrai, le bien et le beau, par-dessus nos propres vers et notre prose (voyez si nous allons loin), c’est l’originalité : le personnalisme, véritable étiquette d’une école qui a la prétention de renverser les écoles. A ce titre, Rollinat est des nôtres, précisément parce qu’il n’est pas des nôtres.
Il regarde et il voit à sa manière.
Une femme, une parisienne s’avance jeune, belle, souriante, petits cheveux ébouriffés, yeux élargis, nez frémissant, bouche plus rose que nature, seins en avant et avenants, taille souple ; une poupe avec une traîne pour gouvernail ; deux petits ravissants petons qui rament prestement sur le lac asphaltite de nos bitumes ; et deux mains finement gantées agitant l’éventail, l’ombrelle ou le mouchoir comme oriflammes et pavillons. Elle passe joyeuse, c’est un qrintemps ; vous vous retournez, Rollinat s’arrête : qu’a-t-il vu là ?
Cette femme d’où vient-elle? de Babylone ou de Gomorrhe ? Elle sort d’un lit tumultueux, plein des luxures effroyables de nos temps modernes ; elle a toute l’hystérie, toutes les névrôses, cosi fan tutte ; elle a la rage : ces yeux souriants ont étincelé dans l’ombre, ces cheveux se sont violemment dénoués ; cette bouche avait des rires fous, et des morsures ; cette gorge immobile dans la cuirasse, a eu les tressaillements de la passion exaspérée ; et cette taille couple s’est tordue et roidie dans les convulsions suprêmes. C’est tout un poème d’alcôve qui passe. Mais... et le rêveur acharné arrêté devant ce problème, poursuit :
Vous voyez cette souriante figure et le reste.
Qu’y a-t-il sous ce sourire ? trente-deux dents ; sous ces joues roses ? deux zygomas ; sous cette chevelure ? un crâne ; sous cette gorge ? la double harpe du thorax ; sous ces hanches ? les os iliaques ; sous ces froufrous de robe à traîne ? les fémurs cliquetants. C’est tout un poème macabre qui passe.
Alors l’artiste empoigné violemment par sa propre vision rentre chez lui, remue ses meubles, s’assied, se lève, allume sa pipe, plaque quelques accords sur son piano ; et puis jette sur le papier l’expression de son rêve, avec sa science des rythmes, et son intensité de forme ; et nous avons l’Amante Macabre ou Mademoiselle Squelette.
Il en est de tout ainsi, des roses et des grands bœufs, des crapauds et des petits chevaux de bois.
Mais ce rêve violent a une telle intensité qu’il donne le frisson au plus sceptique : la terreur que peuvent inspirer les choses, l’impression formidable de cette nature qui nous englobe et que nous ne comprenons pas, le mystère de la vie et le mystère de la mort passent devant vos yeux, sarabande effroyable d’idées funèbres et morbides.
L’optimiste le plus décidé ne peut résister à l’outrance de ce pessimiste : et c’est la gloire de l’artiste d’enchainer quand même à son idée ceux qui y sont le plus réfractaires.
Sur ces compositions bizarres, Rollinat met une endiablée musique, que repousse violemment le musicien de profession ; mais que la foule applaudit.
Je préfère le jugement de la foule, comme me le disait Rollinat : Les règles et règlements doivent nous importer peu ; il y a ce qui plait ou empoigne, il y a ce qui fait rire ou pleurer. – Le reste n’est que fadaise.
Bientôt, du reste, doit paraître un album d’une douzaine de compositions faites sur des paroles de Baudelaire ; le public pourra juger ; mais s’il applaudit les artistes qui interpréteront cette musique, nous ajouterons comme Eschine : Qu’est-ce que cela aurait été, si vous aviez entendu le monstre lui-même ?
A bientôt aussi les Névroses, un livre parisien, pour faire pendant au volume intitulé dans les Brandes, qui a paru l’an dernier chez Sandoz.
Ceux qui aiment les choses pimentées, les airs violents qui frappent sur les nerfs comme un fouet, ceux que l’idée de la mort fait trembler au lieu de les faire sourire.....
Mais je m’arrête sur le mot sourire ; car j’aperçois Cabriol, qui tout en cabriolant m’a cabriolé l’esprit.
Emile Goudeau.
LE RIRE, AUX PLEURS
A Maurice Rollinat.
Plus qu’Hugo, le Décor Géant ; Musset, la
Vie ;
Plus que Balzac, l’esprit ; Lamartine,
Amoureux
Sans amour : Baudelaire, Eclair du Ténébreux,
Mais qui ne chante point ; plus que la Rêverie
De Schumann, de Schubert, de Chopin, ce Fiévreux,
J’aime... et ma passion d’autres sera suivie,
Le Frisson de vos vers et de votre harmonie,
L’Ampleur, sans Procédé, de vos chants
douloureux.
Votre musique est femme, et comme une maîtresse,
Dont chacun est l’amant, sans en être jaloux,
Elle a le chaud parfum de l’intime caresse.
Le Miroir où le Spleen trouve un frère, c’est
vous.
Et cela, seul, peut-être encor, j’ose le
dire :
C’est pourquoi, devant vous, je tais, un jour, mon
rire.
Cabriol.
LA MUSIQUE DE ROLLINAT
(SIMPLE NOTE)
La mélodie chez Rollinat a quelque chose de bizarre, qui frappe par le caractère éminemment original.
Il emploie de préférence les intervalles les plus vibrants et les plus inattendus, et constamment se sert du triton en descendant, et de l’intervalle d’un ton et demi. Cela ne constitue point une originalité ; mais où il est étrange, c’est quand il attaque avec vigueur des modulations très-éloignées, et, le plus souvent, par des appogiatures ; celles-ci quelquefois d’une hardiesse extrême, le chant faisant deux notes diatoniques étrangères à l’harmonie.
L’harmonie, du reste, est en rupture de banc avec toutes les règles établies : elle présente des successions sans liaison ; elle abandonne le chant qui alors lutte contre elle, ou s’en fait une esclave absolue, modulant sous chaque degré nouveau même dans un chant rapide, et alors avec un débordement de richesse et de libertinage qui donne une frissonnante sensation.
J’ai ouï dire à bien des gens, après avoir entendu Rollinat : « Il n’y entend rien ! » mais ils partaient émus. – Pourquoi donc disaient-ils : Il n’y entend rien ? Grave question !
Léo Goudeau.
– Les Hydropathes, n° 9 du 15 mai 1879.
Page 3 :
ANAGRAMMES (Suite)
(…)
Maurices Rollinat. – Irritons la clameur.
(…)
Page 3 :
P. S. – Une de nos charmantes lectrices nous demande où l’on pourrait trouver la romance de Rollinat intitulée : Sous les Platanes. Elle va être éditée et nous dirons où, et quand. A bientôt.
L. S. (vraisemblablement : Le Sténographe.)
– Les Hydropathes, n° 11 du 12 juin 1879
Pages 2 et 3 :
Poème « Le Baby » dédicacé à Luigi Loir.
Page 4 :
SÉANCES DES HYDROPATHES
(…)
Le retour de Rollinat a été vivement fêté.
(…)
Rollinat a dit son Troppmann, et Émile Goudeau, son
Æmilios.
Le Sténographe.
– Les Hydropathes, n° 12 du 25 juin 1879, page 3
Poème « Le chasseur en soutane ».
Redevient L’Hydropathe à compter du numéro 13 du 10 juillet 1879.
– L’Hydropathe, n° 13 du 10 juillet 1879,
pages 3 et 4.
Article « Les Hydropathes en province » signé
Tristan.
(…) le poète berrichon Maurice Rollinat fait passer
des frissons d’épouvante dans l’auditoire avec ses poésies, qui
rappellent la manière de Baudelaire ou d’Edgard Poë.
(…)
– L’Hydropathe, n° 14 du 25 juillet 1879.
Page 2 :
Poème « A Charles Frémine » (sera publié dans Fin d’Œuvre, pages 175 et 176 sous le titre « Sonnet en réponse », daté d’avril 1873 et avec quelques différences de ponctuation).
Page 4 :
SÉANCE AUX HYDROPATHES
(…)
Rollinat, avec son succès habituel et Charles Fremine
dont nous n’avons rien à dire dans ce numéro.
(…)
Le Sténographe.
– L’Hydropathe, n° 2 du 28 janvier 1880, page 3 :
Poème « Mademoiselle Squelette » (sera publié dans Les Névroses, pages 259 à 261, avec le premier vers de la neuvième strophe modifié et des différences de ponctuation).
Le dernier numéro de la revue sous le nom L’Hydropathe est paru le 12 mai 1880. À compter du 23 mai 1880, la revue porte le nom de Tout-Paris, en gardant la numérotation (2e année, n° 9). Dans l’en-tête, figurent les noms des « principaux rédacteurs », dont Maurice Rollinat (idem dans les numéros 10 à 12 ; dans le numéro 13 et dernier, cette rubrique a disparu).
II – Maurice Rollinat aux Hydropathes dans des livres ou articles de presse
– Le Tintamarre du 2 février 1879, page 4.
Article « Les Hydropathes » de Jules Jouy.
(…)
Les Hydropathes ont grandi rapidement, comme une
boule de neige. Le dessus du panier littéraire et artistique y est venu.
Monselet, Paul Arène, François Coppée, Maurice Rollinat – ce ciseleur
exquis – Coquelin cadet, Villain (de la Comédie française), André Gill,
s’y font entendre ; et, dernièrement, Francisque Sarcey – l’Aristarque
aux grandes oreilles – célébrait pesamment, dans le XIXe
Siècle, le Cercle des Hydropathes.
(…)
– Les Tablettes des Deux Charentes du 21 juin
1879, page 2.
Article « Lettres de Paris » signé Tristan.
(…)
J’ai parlé aussi des Hydropathes. Plus d’un
bon bourgeois dresse l’oreille à ce nom bizarre, et s’il n’a jamais
appris le grec, il est probable que ce mot éveille en lui quelque chose d’analogue
à l’épouvante que semait jadis sur son passage l’hydre fameuse avec
laquelle Hercule eut certain démêlé ? Mais qu’il se rassure !
Les Hydropathes n’ont rien de commun avec l’affreux monstre de
Lerne ; et si Hercule revenait en ce monde, ce ne sont pas sept têtes,
mais bien deux cents, qu’il aurait à couper cette fois ! D’ailleurs
Hercule est mort, et les Hydropathes sont de joyeux jeunes gens,
poètes, étudiants, peintres, musiciens, élèves du Conservatoire, qui se
sont constitués en société sous cette appellation. Ils aiment les bons
vers, la belle musique et la fine comédie, mais ils ont l’eau en
horreur : de là leur nom d’Hydropathes, – (udor),
eau, pathos, souffrance ; que l’eau fait souffrir. Or, chose
piquante et logique admirable ! ils ont justement choisi pour
président un poète qui s’appelle Goudeau. Émile Goudeau a écrit un
livre d’une rare énergie, très original et très moderne : Les
fleurs du bitume, – qui ne poussent guère qu’à Paris. Il rédige
avec son ami Paul Vivien, le Journal des Hydropathes, dont chaque
numéro contient le portrait-charge de l’un des membres du cercle. On se
réunit tous les samedis, au nombre de deux cents environ, dans le local de
la rue de Jussieu, et là on applaudit tour à tour des œuvres d’hommes
connus ou des essais de débutants. Charles Monselet, F. Coppée, Paul
Arène, Richepin, Bourget, Lomon, le caricaturiste Gill, Mounet-Sully,
Villain, de la Comédie-Française, viennent de temps en temps aux Hydropathes.
Coquelin cadet y débite les charges désopilantes de Charles Cros ; le
jeune compositeur Georges Fragerolle chante une de ses charmantes mélodies,
où le poète berrichon Maurice Rollinat fait passer des frissons d’épouvante
dans l’auditoire avec ses poésies, qui rappellent la manière de
Baudelaire ou d’Edgard Poë.
Une des plus étranges physionomies du groupe est celle de Raoul Ponchon, un poète qui n’a jamais écrit, mais que Richepin, l’auteur de la Chanson des gueux, a immortalisé dans une de ses ballades, avec ce refrain :
Vous n’avez rien vu sur la terre,
Si vous n’avez pas vu Ponchon !
Malheureusement, Ponchon ne fait que de rares apparitions : c’est un de ces êtres errants, vagues, mystérieux ; un joyeux enfant de Bohème qui s’est trompé d’époque, et qui aurait dû naître au temps de Villon. On le voit, un soir, puis il disparaît pour plusieurs mois. Où est-il ? que fait-il ? Nul ne le sait ! Il existe – et voilà tout !
Mlle Sarah Bernhardt – naturellement ! – est aussi membre de cette Société. Dans son portrait-charge, Cabriol la représente à cheval sur une chaise et se détachant du fond d’une grande étoile. Mlle Sarah Bernardt vient parfois aux soirées des Hydropathes ; mais le comble de l’aplomb est, paraît-il, de soutenir qu’on l’y a vue !
La politique est interdite, le cercle est exclusivement artistique et littéraire. Ceci prouve que la jeunesse est encore jeune et capable de se passionner pour les choses de l’esprit. C’est là un bon signe, et, quoi qu’en dise M. Lepère et sa chanson, le vieux quartier Latin vit encore !
Remarque de Régis Crosnier : Cet article sera reproduit dans L’Hydropathe, n° 13 du 10 juillet 1879, pages 3 et 4, sous le titre « Les Hydropathes en province ».
– Le Figaro du 8 octobre 1879, pages 3 et 4.
Article « Le Quartier Latin » de Félicien
Champsaur.
(page 4) (…)
Rollinat se lève et monte sur la scène. Il est filleul
de George Sand. Son père était avocat ou avoué à Châteauroux, et George
Sand en parle dans ses Mémoires.
Son volume de vers est intitulé : Dans les Brandes. Il en a un autre, bien supérieur, en préparation : les Névroses. C’est un malade, un Baudelaire ressuscité, mais affaibli. Il chante les rainettes, les crapauds, les serpents, les vipères, tous les animaux froids ou visqueux qui courent ou se glissent, rampent à travers la campagne aride et déserte ; il chante les roses, mais à demi-effeuillées et le calice pourri. Il a, comme dit un de ses camarades, posé sur ses yeux un binocle de brume, et il voit tout à travers les verres sombres de ce binocle. Comme Baudelaire, qui est son auteur, il est impeccable dans les difficultés prosodiques, qu’il recherche.
Il a mis en musique des sonnets de son maître, et il a
posé entre les vers des airs fantastiques, heurtés, saccadés, avec des
notes criardes, des airs d’enfer. Il fait sentir parfois le frisson.
(…)
Remarque de Régis Crosnier : Maurice Rollinat ne semble pas avoir apprécié cet article car dans une lettre à Camille Guymon datée de Bel-Air le 13 octobre 1879, publiée par Régis Miannay dans Maurice Rollinat, Poète et Musicien du Fantastique, page 245, il écrit : « Quant à la question Félicien Champsaur, pourquoi m’inquiéterais-je de toutes ces piqûres et souillures de mouches ? (…) la venimeuse attaque de cette vipère figarotique, (…) ».
– Le Voltaire du 15 février 1880, page 1.
« Séance aux Hydropathes » de Félicien
Champsaur.
(…)
Il faut l’avouer. Les strophes ne sont pas toujours
neuves. Souvent ce sont des variations plus faibles sur des chansons de
maîtres. Je me suis rendu, dernièrement, au club des Hydropathes. Plus de
deux cents jeunes gens étaient venus, poètes, étudiants, peintres,
sculpteurs. Les hydropathes étaient tous assis devant des bocks. Les hommes
célèbres de l’endroit se nomment Georges Lorin, Harry Alis, Goudeau,
Fernand Icres, Rollinat, Taboureux, Coquelin cadet, Fragerolle, Charles
Cros, Fauvel, Paul Vivien. Tous ont du talent. Icres a du talent, Goudeau a
du talent, Rollinat a du talent, Fauvel a du talent ; mais ils n’en
ont pas souvent.
(…)
– Le Chat Noir n° 34 du 2 septembre 1882, page 2.
Article « Maurice Rollinat – I » de Léon Bloy.
Je vis et j’entendis pour la première fois, il y a trois ans, Maurice Rollinat dans le lieu le moins mystérieux du monde. Cela se nommait et se nomme encore, je crois, le Club des Hydropathes. C’est une manière de tréteau fraternel et miséricordieux à l’usage des adolescents des trois ou quatre sexes de la nouvelle génération artistique. L’inventeur et le fondateur de cette petite machine à battre la gloire est Emile Goudeau, poète fameux des Fleurs du bitume et du Chat noir, conquérant ironique des trottoirs de la Pentapole occidentale.
Dans cette Jouvence de la célébrité parisienne, les candides applaudissements ont je ne sais quoi d’équestre, de triomphal et qui tient du rêve. Le trèfle magique du succès semble y naître sous les bottes vergogneuses de maint poète lustré par la misère. Les jeunes poètes seront toujours, comme chacun sait, des fauves très doux et des insatiables qui se contentent de peu, quelque chose comme les Héliogabales de la modération, et la ferveur ambiante des Hydropathes a peut-être redonné l’essor à quelque noble oiseau bleu saignant dans les vents et qui battait désespérément des ailes contre le soleil, avant de mourir.
Je ne fus donc pas extrêmement étonné d’y rencontrer Rollinat que je ne connaissais pas encore et dont il m’avait été parlé comme d’un poète-musicien de l’originalité la plus rare, mais parfaitement obscur. Il me parut très simple que cet artiste extraordinaire – en tenant pour vraies et conformes au plus parfait discernement critique les choses inouïes qu’on en disait – vint chercher, dans ce milieu de jeunesse et de chaleureux désintéressement, le picotin d’enthousiasme qu’il faut à ces étalons divins et qui les fait galoper quand même dans les chemins épouvantables de la vie moderne.
Il s’assit au piano et chanta pendant près d’une heure. Il chanta des vers de Baudelaire et quelques-uns de ses propres vers. Dès les premières notes, je vis une chose que je ne me croyais pas destiné à jamais voir : une foule, à la lettre, ne respirant plus, comme si les doigts de ce très savant magicien, mis en contact avec les touches, faisaient couler sur nous tous qui étions là, un fluide extatique et stupéfiant. Pour moi, je ne conçois pas que la première impression de cette musique et de cette poésie puisse jamais s’effacer de l’âme, tant elle est inattendue, violente et profonde. J’étais assis solitairement dans un coin de cette salle, devenue soudainement le palais sonore du vertige, haletant, épouvanté, brisé. La musique, infiniment étrange, tour à tour suave et déchirante, s’enroulait à la plus cruelle et à la plus navrée des poésies dans une étreinte et dans un enveloppement si serrés et si forts, elles adhéraient et se collaient l’une à l’autre si tenacement, si inflexiblement, dans le centre d’un tourbillon si surhumain de clameurs, de sanglots et de prières, qu’on pouvait croire vraiment qu’à force d’intensité et à force d’art, une nouvelle espèce d’art androgyne et miraculeux, à la fois terrestre et angélique, venait enfin combler l’implacable abîme de deux milliards de cœurs humains qui sépare la réalité du rêve.
Cette lucidité passagère et si étrangement avertissante que toute grande commotion esthétique fait vaciller quelques minutes dans la tête humaine me montrait, comme dans l’extase, la profonde vie cachée de ces êtres de désir et de douleur, de ces Ugolins de l’art, affamés d’infini et s’efforçant, au fond d’un enfer, de tromper leur famine enragée sur le crâne de quelque stupide ennemi.
Je concevais très bien la poignante, la despotique substantialité du rêve et sa glorieuse primauté sur les animales et contingentes réalités de la vie sensible. Cette musique, plus terrible peut-être dans ses suavités que dans ses violences, cette voix de poète si navrée d’angoisse et si crucifiée – semblable à la Tristesse et à la Peur qu’une effroyable tendresse aurait amoureusement enlacées – ondulaient et serpentaient si formidablement autour de ce tas de cœurs modernes jetés par la fantaisie dans ce sous-sol banal, que l’applaudissement lui-même – cette détente nerveuse de la brute humaine ravie – ne se produisait pas immédiatement.
Les nerfs enroulés autour de l’âme par cette mélodie
tortionnaire – comme les entrailles du martyr de Rubens autour de son
cabestan – ne se déroulaient qu’avec lenteur sous les visages blêmes
et stupéfaits.
(…)
Remarques de Régis Crosnier : Quelques définitions ou recherches d’explications sur des termes ou expressions :
- la Pentapole occidentale : Pentapole signifie un groupement, ou une fédération, de cinq cités. Dans Atilf, il est indiqué que dans l’Antiquité, la Pentapole était un ensemble de cinq villes situées au sud de la mer Morte et comprenant Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïou et Bela (ou Soar). On peut remarquer que ces villes sont situées sur le bord occidental de la Mer Morte (renseignements pris sur le site Internet http://456-bible.123-bible.com/). Est-ce à ces villes que Léon Bloy, catholique fervent faisant de nombreuses références à la Bible, fait allusion ? ou à une Pentapole plus moderne qui comprendrait Paris, ce qui serait plus compréhensible par rapport au texte.
- Héliogabales : Héliogabale est un empereur romain qui régna de 218 à 222. Dans Wikipédia il est qualifié d’« empereur faible plutôt que sanguinaire », mais si on lit des biographies de lui, on constate qu’il était excentrique et iconoclaste (par exemple à la page http://ugo.bratelli.free.fr/AeliusLampridius/Heliogabale.htm). L’expression « les Héliogabales » se retrouve dans de nombreux textes du dix-neuvième siècle.
- Ugolins de l’art : Léon Bloy fait-il ici allusion au personnage de La Divine Comédie de Dante Alighieri (Chant XXXIII) ? L’histoire de ce Ugolin a fait l’objet d’une sculpture de Jean-Baptiste Carpeaux (Ugolin entouré de ses quatre enfants – entre 1857 et 1861 visible au Musée d’Orsay) et d’un plâtre d’Auguste Rodin (Ugolin et ses enfants – vers 1881). Condamné à mourir de faim dans sa prison, Ugolin finira par dévorer ses fils morts, qui avaient été enfermés avec lui.
- les entrailles du martyr de Rubens autour de son cabestan : Est-ce qu’il s’agit d’un tableau de Rubens ? Dans les tableaux de Rubens représentant un martyr, nous avons trouvé « Le martyre de saint André » (Hospital de San Andrés de los Flamencos à Madrid), « Le martyre de sainte Catherine » (Palais des Beaux-Arts de Lille), « Le martyre de saint Georges » (Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.), « Le martyre de saint Liévin » (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique), « Le martyre de sainte Ursule » (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique), et « Le martyre de sainte Lucie » (Musée des Beaux-Arts de Quimper), mais nous n’avons pas vu d’entrailles ni de cabestan. Par contre, saint Érasme est mort sous la torture avec ses intestins enroulés autour d’un cabestan. Cette scène est représentée en particulier dans un tableau de Nicolas Poussin conservé à la Pinacothèque du Vatican (http://sites.univ-provence.fr/pictura/GenerateurNotice.php?numnotice=A1000).
– Le Figaro du 9 novembre 1882, page 1.
Article « Courrier de Paris » d’Albert Wolff.
(…)
Je ne me vanterai pas d’avoir découvert Maurice
Rollinat, Avant que je le connusse il avait déjà une petite clientèle d’artistes ;
son nom a quelque retentissement au Quartier Latin ; il a eu des heures
de triomphe au Cercle des Hydropathes, réunion de jeunes gens qui se
montent le coup, comme on dit, en buvant des chopes et en disant des vers.
Rollinat fut pendant quelque temps de ce clan de poètes, divisé en
plusieurs sous-clans et agrémenté de quelques jeunes gens de talent, mais
où domine comme dans toutes les agglomérations d’hommes la médiocrité
prétentieuse. Quelques-uns devinèrent la singulière puissance de ce
poète, mais d’autres, les versificateurs corrects et sans émotion,
furent effarouchés par la venue de Rollinat qui produisit l’effet d’un
lion à la crinière flottante, faisant invasion dans un groupe d’épagneuls
savants et tout fiers de faire le beau, selon les immortels principes de la
routine. Ce poète dressé en liberté par les tristesses de la vie, les
effrayait en même temps qu’il épouvantait les éditeurs.
(…)
– Panurge du 19 novembre 1882, pages 1 et 2.
Article « Notes sur la vie : Maurice Rollinat »
de Harry Alis (pseudonyme utilisé par Jules-Hippolyte
Percher).
(…)
Il fallut, pour remettre Rollinat dans la circulation, qu’un
autre poète, Emile Goudeau, fondât avec quelques amis, sur la rive gauche
cette fameuse société des Hydropathes dont longtemps parleront les
chroniqueurs de l’avenir.
(…)
Nous avons tous conservé dans la mémoire la silhouette obsédante de Rollinat, debout, la main gauche dans la poche, la droite brandissant une cigarette fatale avec des saccades frénétiques. Sur son visage plissé ironiquement, tiré du nez vers la bouche en rides amères, le front barré de sillons sataniques, – voltigeait une mèche, une terrible mèche brune, fatidique, épouvantable, qu’un coup de tête rejetait en arrière et qui revenait obstinément mettre une barre d’ombre sur les yeux. Et, de la bouche, s’échappaient en paroles rauques, stridentes, plaintives, gouailleusement féroces, l’Enterré vif, l’Amante macabre, Troppmann.
La forme, le fond même disparaissaient devant l’art lugubre de la diction. On tressaillait d’épouvante – sans savoir exactement pourquoi.
(page 2)
Et c’était bien pis quand Rollinat chantait au piano
la musique qu’il avait composée sur les vers de Baudelaire. Ses doigts
surosseux frappaient les touches avec des fébrilités cruelles. Sa
silhouette prenait des contours anguleux, contorsionnés, et, par derrière
comme par devant revenait l’inévitable, la fatidique, l’épouvantable
mèche agitée d’un mouvement fou…
(…)
– La Revue Libérale du 1er
janvier 1883, pages 160 à 167.
Article « Maurice Rollinat » de Georges Gourdon
(page 160) (…)
Par un soir d’hiver de l’année 1879, j’assistais,
rue de Jussieu, 29, à une séance des Hydropathes, société fondée
par Emile Goudeau, autre poète original, et dans laquelle se coudoyaient
les talents les plus divers, depuis Georges Fragerolle, qui a écrit de si
belle musique sur certains vers de Richepin et de Bouchort, jusqu’à
Rodenbach, ce Coppée des Flandres. Tolbecque venait d’exécuter sur son
violoncelle une fantaisie de haut goût, quand le président lança d’une
voix sonore : Maurice Rollinat !
(page 161)
Un grand garçon, dont la tête expressive et pâle
rappelait Edgard Poë, escalada la rampe et parut sur la scène. Puis, se
campant de trois quarts, il commença le Soliloque de Tropmann. Cette
pièce réaliste me plut médiocrement. Toutefois, dite par l’auteur, elle
m’empoigna et j’applaudis, avec la mauvaise humeur d’un homme dont les
nerfs sont agacés.
– « Les Babillardes ! le Cimetière
aux violettes ! » cria l’auditoire. Et Rollinat se
mettant au piano, exécuta avec une douceur d’expression impossible à
rendre, ces deux mélodies dont le charme étonnant me suit encore.
(…)
– L’Écho de Paris du 19 novembre 1884, pages 1 et 2.
« Chacun son tour ! » d’Edmond Deschaumes.
(…)
Cependant, beaucoup d’entre nous [les
jeunes poètes] ont eu, je ne dirai pas un chef, mais un syndic, qui
était notre collaborateur Goudeau. J’espère bien qu’un jour nous lui
offrirons à notre tour le banquet des (page 2)
anciens Hydropathes et des anciens Chats-Noirs.
Emile Goudeau, le poète des Fleurs de Bitume, le rimeur original et moderne des Poèmes ironiques, a cherché, dans une époque triste, le moyen d’être gai. Ce moyen, il l’avait trouvé, en fondant au quartier latin la Société littéraire, musicale, philosophique et artistique des Hydropathes.
Le jour où l’on eut un piano, l’association entra dans l’ère de la prospérité.
* * *
Je n’ai jamais vu rien de plus cocassement éclectique, de plus paradoxal, de plus dégingandé que cette réunion des Hydropathes. Le grand homme du moment était Champsaur, dont les débuts de journaliste avaient été retentissants. Charles Cros se faisait à peine connaître. C’était l’instant de sa vie où ce profond penseur venait de publier toutes les idées reçues en publiant son Hareng saur. Rollinat, qui n’allait pas encore chez Sarah Bernhardt, était une violette que M. Albert Wolff ne devait cueillir que plus tard.
Il y avait des poètes par grappes : Eugène Le Mouël, un Breton qui avait retrouvé dans son armoire le biniou de Brizeux ; Auguste Dorchain, un avocat qui cachait une lyre sous sa robe, avec l’autorisation de Sully-Prudhomme et l’approbation de Mgr le directeur de l’Odéon ; Haraucourt (Edmond, marquis de) qui se mettait tout nu pour déjeuner, et disait des vers qui faisaient rougir les Hydropathes du sexe faible ; Paul Marrot, l’auteur du Chemin du rire, qui faisait des vers à Paris et du journalisme politique en province ; Fernand Crésy, qui était énorme, surhumain, et qui s’était fait disloquer par des clowns du cirque Fernando pour réciter le Mitron. On voyait là encore Frémyne qui disait ses Pommiers, pour lesquels Monselet a toujours eu un faible ; Duvauchel qui comparait le printemps à un teinturier et le soleil à un marchand de nouveautés ; Gaston Sénéchal qui rêvait de faire des sonnets le soir et de passer ses journées sur des hippodrommes suburbains ; et Joseph Gayda qui allait la nuit, rue de l’Eperon, chanter des sérénades sous le balcon de Théodore de Banville.
* * *
Sarah Bernhardt était Hydropathe d’honneur. Sarcey
nous éreinta comme s’il s’agissait de Mlle Dudlay. Scholl nous suivait
d’un œil paternel ; et Claretie nous prédisait à tous l’avenir
le plus brillant. Coquelin cadet nous donnait la primeur des monologues de
Cros et de Moynet. Grenet-Dancourt montait sur l’estrade sans se douter qu’un
jour il convertirait en Pactole le théâtre Cluny, et serait obligé de
refuser des fauteuils d’orchestre aux petites femmes de Bullier. Le pauvre
Gill passait à travers ce petit monde comme dans une apothéose. Nous
avions des respects fous, et des haines insensées. Nos journaux livraient
des combats homériques sur les documents naturalistes qui servaient de
champ de bataille.
(…)
– Émile Goudeau, Dix ans de bohème, La librairie illustrée, Paris, 1888, 286 pages.
(page 151) (…)
Ce lieu de réunion étant clos, nous nous rabattîmes,
quatre ou cinq, sur un cabinet, sis au premier étage du café de la Rive
gauche, au coin de la rue Cujas et du boulevard Saint-Michel – c’est
aujourd’hui un établissement de bouillon. Un piano hospitalier nous
accueillit. Mais la porte était réglementairement ouverte aux allants et
venants.
Or, un soir – le 5 octobre 1878 – c’était la rentrée des lycées. Une vingtaine de jeunes gens, assez excités, se précipitèrent dans notre réduit, et, pendant la dernière demi-heure de liberté qui leur restait, s’emparèrent du piano et le démantibulèrent aux trois quarts, en hurlant des refrains dont le plus élégant était celui d’une chanson intitulée les Vidangeurs :
Il ne faut pas que rien se perde,
Dans la nature, tout est bon,
Pressons, pressons, la pompe à m…
Le jour parait à l’horizon !
Cette petite séance nous exaspéra. Quand ces jeunes vandales eurent disparu, nous (page 152) fîmes monter le patron de l’établissement, afin de lui demander à quelles conditions il consentirait à nous livrer, mais pour nous seuls ou nos amis, ce petit cabinet orné d’un piano.
– Si vous êtes une vingtaine, dit ce patenté, et que vous me garantissiez la consommation, c’est chose faite ; vous choisirez votre jour.
– Le vendredi, par exemple !
– Va pour le vendredi.
Les cinq qui se trouvaient à cette entrevue historiquement mémorable s’appelaient (à moi l’ordre alphabétique, afin de m’épargner toute rectification) : Abram, Émile Goudeau, Georges Lorin, Rives et Maurice Rollinat.
Il fut résolu que chacun de nous amènerait le vendredi suivant deux, trois ou quatre amis. Le vendredi suivant, nous étions soixante-quinze. Il faut croire que le besoin de réunion se faisait cruellement sentir. L’assemblée naturellement débordait du petit cabinet dans la grande salle de billards et dans les cabinets avoisinants.
[Remarque de Régis Crosnier : Le 5 octobre 1878 est un samedi. Le vendredi suivant est donc le 11 octobre.]
Ce fut une belle séance.
« Quand des Français sont ensemble, ils commencent par élire un bureau, puis par (page 153) essayer de combiner un règlement, » a dit un voyageur illustre.
L’assemblée nomma Émile Goudeau président,
vice-présidents, Georges Lorin et, sur le refus de Rollinat, M. de P…, l’ami
Puy-Puy, le Henry IV à monocle.
(…)
(page 175) (…)
Dénombrons ! dénombrons ! C’était Maurice Rollinat qui venait, de sa grande voix de lamentation, chanter les Platanes de Dupont dont il avait écrit la musique, ou qui, secouant sa chevelure sur son front, dardant de terribles regards, et tordant sa bouche en un satanique rictus, débitait le terrible Soliloque de Troppmann, ou quelqu’une de ses autres pièces : Mademoiselle Squelette, la Dame en cire, etc. (1). Auteur, acteur, compositeur, chanteur et pianiste, Maurice Rollinat obtenait un succès incroyable, en torturant les nerfs de ses auditeurs. Si je devais seulement citer les pièces, ou les musiques, qui firent trépigner les hydropathes, dans un délire d’applaudissements, je serais obligé de prendre la liste de ses poèmes, les Brandes et les Névroses, et de ses (page 176) chants publiés chez Hartmann. Qui n’a fait que le lire, n’a point connu ce merveilleux artiste.
(1) Les Brandes, les Névroses de Maurice Rollinat, Charpentier, édit.
(…)
(page 194) (…)
Et maintenant parlons un peu de musique. Oh !
quelques noms à peine. La pianiste polonaise Marylka Krysinska, le
violoncelliste merveilleux Jean Tolbecque, le compositeur Léo Goudeau
(Montancey) qui a laissé deux ou trois œuvres légères dont P.P.C. et Musique
éparse sont les meilleures ; l’organiste Maurice Petit, le
compositeur Georges Vuidet, le violoniste suédois Zetterquist, le
compositeur Marcel Legay. Ici un tiret : Maurice Rollinat avec ses
compositions macabres, et sa terrible voix de deux octaves, âpre, dure,
perforante. Et le (page 195) subtil de Sivry,
le doux cabaliste, avec parfois tout un orchestre. Puis, le maître
musicien, le maître chanteur des hydropathes, Georges Fragerolle : (…).
(page 220) (…)
Maurice Rollinat donnait aussi très souvent à la
Revue les pièces dites aux hydropathes, et, pour mon compte, vers ou
prose, j’y versai soit sous mon nom, soit sous le pseudonyme de Diégo
Malevue, ou de Dr Servet, la valeur d’un fort volume in-octavo.
(…)
(page 222) (…)
L’Hydropathe-journal publiait donc chaque…
chaque quoi, au fait ?… chaque fois qu’il paraissait, la charge d’un
hydropathe, choisi entre cinq cents par l’éclectisme de Cabriol, poète
et dessinateur.
Il y eut celle du président naturellement ; puis
André Gill, Félicien Champsaur, Coquelin cadet, Charles Cros,… Sarah
Bernhardt (oui Sarah ! Sarah était hydropathe), Charles Lomon, Maurice
Rollinat, Vacquerie, Luigi Loir, Mélandri, Frémine, Charles Leroy,
Grenet-Daucourt, Moynet, Guy Tomel, Villain, Gustave Rivet, Alphonse Allais,
Galipaux, Sapeck, (page 223) Bastien-Lepage,
Fernand Icres, Emile Cohl, etc.
(…)
– Revue politique et littéraire – Revue bleue
n° 14 du 6 octobre 1888, pages 443 à 448.
Article « Les artistes mystérieux – M. Maurice
Rollinat » de Charles Buet.
(…) (page 444)
Il y a déjà des années !... Et rien ne faisait
pressentir que ce nom, Maurice Rollinat, serait quelque jour claironné par
la Renommée. Quelques invités le connaissaient : il avait des
fanatiques, mais, si les musiciens l’appelaient un poète de génie, les
poètes le déclaraient musicien incomparable. On parlait, au quartier
Latin, d’un recueil de vers publié à ses frais, Dans les brandes,
et la joyeuse académie des Hydropathes n’avait aucun barde ou rapsode
plus applaudi. Il se montra un peu gêné, dans un milieu qu’il croyait
très bourgeois, où il ne connaissait personne, où l’on affectait de
parler un peu bas, avec les façons discrètes de la bonne compagnie. Mais
il vit bientôt que des artistes l’entouraient, artistes de cœur et de
sentiment, dont plusieurs encore inconnus, un peu troublés eux-mêmes par
cet homme singulier, que précédait une renommée singulière de poète
macabre, de disciple de Baudelaire et d’Edgar Poë. Pour si troublé qu’on
fût, on n’en était pas moins sceptique, à la parisienne.
(…)
– L’Art et l’Idée du 20 mars 1892, pages
192 à 195.
Article « Maurice Rollinat – Le poète d’antan –
Silhouette de souvenir – A propos d’un portrait de Gaston Béthune » d’Octave
Uzanne.
(…) Quelles heures délicieuses nous lui devons à ce
délicieux mélodiste [Maurice Rollinat] dont la musique ne ressemblant à
aucune autre sait faire vibrer chez les littéraires des notes spéciales
ignorées jusque-là ! – Dans sa petite chambre de la rue
Saint-Jacques, aux Hydropathes, dans le bas et étroit entre-pont du
restaurant Larousse, rue Monsieur-le-Prince, puis plus tard rue de Condé,
ce musicien, divinisé par une beauté supérieure qui lui venait de son art
et de sa foi, a créé en un instant bien des admirations et bien des
fanatismes.
(…)
– Journal des débats politiques et littéraires
du 28 octobre 1903, page 1.
Article « Au jour le jour – Maurice Rollinat »
d’André Beaunier.
(…)
Le soir, parmi les Hydropathes et les Hirsutes aussi,
Rollinat, dans les cafés de la Rive gauche, triomphait. Il récitait ses
diaboliques ballades, les déclamait, les chantait ; car il était,
musicien comme poète, ardent, spontané, tempétueux. Ses cheveux
ébouriffés, ses yeux étincelants et la mimique dont il accompagnait son
éloquence lui composaient un personnage très bizarre, caractérisé
puissamment, et qui plut.
(…)
– La Patrie du 29 octobre 1903, page 1.
« Rollinat et les Hydropathes – Croquis et
souvenirs » de José Belon.
En feuilletant des carnets de croquis d’il y a vingt ans, j’ai retrouvé une silhouette de Maurice Rollinat au piano, lorsque d’une voix âpre et prenante il nous chantait une de ces mélodies macabres dont la musique étrange émouvait profondément l’auditoire composé d’artistes, littérateurs, peintres et sculpteurs admis dans le cénacle qu’Emile Goudeau, l’exquis poète, avait dénommé les Hydropathes.
Les pâles buveurs d’eau, les reins ceints d’une
corde,
Etaient debout sur la place de la Concorde.
Dans son poème des Belles Affranchies, Goudeau a, je crois, expliqué le sens de ce mot dont l’étymologie signifie malades qui se traitent par l’eau.
De tous les hydropathes, c’était évidemment Rollinat qui subjuguait le plus ses auditeurs. Dès que ses doigts touchaient le piano, il ne s’appartenait plus, ses yeux prenaient une expression tragique et un frisson vous parcourait le dos lorsqu’il clamait, de sa voix chaude et nerveuse, le Rondeau du Guillotiné ou l’Angoisse.
Mais parfois sa muse s’adoucissait et on lui faisait répéter sans cesse les Fougères, dont la musique si expressive nous charmait tous.
L’âme des fougères s’envole,
Plus de lézards entre les buis,
Et sur l’étang froid comme un puits
Plus de libellule frivole,
L’âme des fougères s’envole.
D’autres hydropathes connaissaient aussi le succès et beaucoup se sont fait un nom.
Mais la mort ou la folie ont éclairci les rangs de ceux dont Rodolphe Salis préparait déjà à cette époque l’exode vers Montmartre et le Chat Noir. André Gill, Jules Jouy, Sapeck, Mac Nab, Charles Cross, tous ont eu une fin plus ou moins dramatique.
Ceux qui restent et que je me souviens encore avoir vus là sont les frères Decori, l’acteur et l’avocat, le musicien Fragerolle, le poète Charles Frémine, le peintre Luigi Loir, Alphonse Allais, Fernand Icre, Gaston Dubreilh, Armand Masson, Emile Michelet, Henri Beauclair, Eugène Lemouël, mon frère, Paul Belon, et d’autres dont le nom m’échappe.
Tous ceux qui ont vibré aux accents de ses étranges poèmes ne manqueront pas, j’en suis certain, d’accompagner celui dont la fin a ému le monde des lettres, et que, malgré son éloignement, nous aimions savoir vivant au milieu des champs dont il comprenait, à la manière d’un Millet, la savoureuse poésie.
Remarques de Régis Crosnier :
– 1 – L’auteur de l’article est José Belon (né le 15 octobre 1861 à Alès et décédé le 14 décembre 1927 à Paris). Il est connu comme peintre, dessinateur et illustrateur de presse.
– 2 – Les deux vers « Les pâles buveurs d’eau, les reins ceints d’une corde, / Etaient debout sur la place de la Concorde. » sont extraits du poème « Les Polonais » (page 97 de : Émile Goudeau, Poèmes ironiques, Paul Ollendorf éditeur, Paris, 1884, 207 pages).
– 3 – Dans le poème d’Émile Goudeau « Les Affranchies » (et non « Les Belles Affranchies ») paru dans Fleurs du Bitume (Alphonse Lemerre éditeur, Paris, 1878, 191 pages), pages 3 à 11, il n’est pas question des Hydropathes.
– 4 – Il faut bien évidemment lire « Charles Cros » et non « Charles Cross ».
– 5 – José Belon termine son article en comparant la poésie champêtre de Maurice Rollinat « à la manière » de Millet peignant un paysage. Il n’est pas le premier à avoir fait cette comparaison, par exemple : Théodore de Banville (Le National, du 19 juin 1877, page 3, dans la présentation du livre Dans les Brandes) ; A. Nebo, pseudonyme utilisé par Séraphin Péladan (L’Artiste, avril 1884, page 268, article « Un poète de la décadence latine – Maurice Rollinat ») ; ou Maurice Guillemot (Gil Blas du 29 juin 1896, page 2, dans la présentation du livre Les Apparitions).
– La Revue du 15 août 1904, pages 477 à 491.
« Les Cénacles artistiques et littéraires – Autour
de Maurice Rollinat » de Marie Krysinska.
(page 478) (…)
Aux Hydropathes, cercle littéraire ambulant de
local en local, Maurice Rollinat partagea la royauté de vogue avec Emile
Goudeau, et tous deux marquèrent la génération actuelle d’une forte
influence.
(…)
– Georges Casella, Pèlerinages, Librairie Payot & Cie, Lausanne –Paris, 1918, 301 pages.
(pages 263 et 264)
(…) Le titre des « Mercredines » fut d’abord discuté ; même comme Goudeau, pince-sans-rire, racontait pour la centième fois que son ami, M. de Puyjalou, chassait les hydropattes au Canada et développait : « Les hydropattes, grands oiseaux dont on coupe les pattes de verre pour en faire les pieds des coupes à Champagne… », Lorin interrompit :
– Voilà notre titre : les hydropattes, c’est excellent.
Rollinat eut beau expliquer que cela voulait dire : « Qui aime ou n’aime pas l’eau », on accepta l’appellation dont on ne changea que la dernière syllabe, pour que le mot hydropathe devînt tout à fait incompréhensible. (…)
– Jules Lévy, Les Hydropathes, André Delpeuch éditeur, Paris, 1928, 238 pages.
(page 5) (…)
Et maintenant, faisons de l’Histoire.
En l’an 1878, au retour des vacances, cinq jeunes gens avaient l’habitude de se rencontrer le soir dans une brasserie qui se trouvait au numéro 7 de la rue Racine, ils se nommaient Abram, Emile Goudeau, Georges Lorin, Rives et Maurice Rollinat ; ils devisaient d’art et de Beau-(page 6)té, ils ne dénigraient pas leurs anciens – les vieux en ce temps-là étaient respectés – ils louaient ce qui était bien, ils admiraient les beaux vers, la belle musique ; les peintres qui ne pensaient pas au cubisme et les sculpteurs qui travaillaient ferme faisaient les frais de leurs entretiens. Ces cinq composaient une petite académie de l’Art pour l’Art.
Ils étaient jeunes, ils avaient de l’ambition, ce qui
est tout ce qu’il y a de plus naturel, ils voulaient fonder une école ils
décidèrent de chercher au Quartier latin des adeptes à leurs causeries et
de fonder une sorte de groupement où ils feraient connaître leurs œuvres,
car ils étaient tous poètes, chacun promit de recruter des camarades et l’on
se mit à discuter du titre qui grouperait en une réunion les fervents de l’art
qui naissait.
(…)
(page 7) (…)
Une réunion fut décidée pour la soirée du 17 octobre
et nous nous trouvions une cinquantaine à ce premier rendez-vous au Café
de la Rive Gauche.
Les cafés et les bocks servis, il était de toute urgence de justifier le but de notre réunion, il fallait dire des vers ou chanter quelque chose ; qui le premier se ferait entendre ? Ce fut un grand gaillard, étudiant en médecine, qui ouvrit la séance et qui avec un organe puissant récita :
Waterloo, Waterloo, Waterloo, morne plaine.
Victor Hugo inaugurait les séances des Hydropathes interprété par Paul Mounet.
Emile Goudeau, Maurice Rollinat et Georges Lorin dirent
certaines de leurs œuvres, le succès de cette première soirée fut
considérable ; nous remîmes à huitaine la seconde soirée et nous
fûmes un cent ce soir-là.
(…)
(page 8) (…)
Il fallait entendre Emile Goudeau quand il disait les
Polonais ; les Belles Affranchies, La revanche des bêtes
ou Les deux voitures ; quand Maurice Rollinat installé au piano
chantait Memento quia pulvis es, Chanson d’automne, Les
Corbeaux, la Chanson des yeux, La mort (page
9) des fougères, l’auditoire était à ce point empreint de
l’art de l’auteur et de l’interprète que cela formait un tout qui n’était
qu’un seul cœur palpitant.
On ne peut se faire une idée de ce qu’était Rollinat
quand on ne l’a pas entendu. Aucun de ses interprètes n’a pu donner l’impression
qu’il imposait à ses auditeurs et nous croyons que jamais il ne se
trouvera un artiste qui pourra l’égaler. Il disait aussi ses vers. Le
convoi funèbre, La peur, La Vache au taureau. On ne se
lassait pas de l’entendre. Maurice Rollinat était un très grand artiste.
(…)